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Introduction

Ici, page de garde du livre :
Aquarelle de Joseph MEGLY

Edmond GUNDERMANN

Quand le Grès devint amer

1995

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Pages intérieures

Edmond GUNDERMANN

 

 

 

QUAND  LE  GRES  DEVINT  AMER

 (La vie rurale avant 1939)

 

Préface de M. François REITEL

Doyen honoraire de la Faculté des Sciences Humaines

de l'Université de METZ

 

Postface de Me Joseph SCHAEFER

Maire de la Ville de BITCHE

Vice-Président du Conseil Général de la Moselle

 

Illustrations de M. Joseph MEGLY

Président de l'Amicale d'Artistes Lorrains

 

1995

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PREFACE

A travers l'histoire d'une famille c'est celle de toute une région qui surgit. Le BITCHERLAND, ce gigantesque rocher de grès, entaillé profondément par quelques rivières aux eaux cristallines, masqué par une dense couverture forestière, semble être pour le voyageur pressé un "coin" sans histoire. Les villages sont discrets. Les maisons, basses, paraissent bien enracinées dans cette terre rose. EDMOND GUNDERMANN, au contraire, nous fait découvrir les richesses humaines de cette région.

Le BITCHERLAND a des traditions exprimant sa vitalité. S'il n'a pas d'histoire c'est qu'on l'a trop peu contée, jamais vraiment écrite. Cela dérangerait. Il est périphérique par rapport à la FRANCE et par rapport à l'ALLEMAGNE. Il a constamment été tiraillé entre les deux. L'histoire de son peuplement montre que les ROMAINS n'ont pas dédaigné cette terre. Les GERMAINS l'ont façonnée dès le début du MOYEN-AGE. Lentement, à travers les siècles, le BITCHERLAND a construit sa culture à lui, ses traditions.

Le travail de la terre, sur des sols peu généreux, et acides, n'était pas facile. Les paysans riches sont rares au pays du grès. Par bonheur le Créateur plaça dans l'épais manteau de grès des nodules ferrugineux à côté de cristaux de quartz, le tout étant enseveli sous l'épais massif forestier. La perspicacité des hommes fit des nodules du fer, et du quartz du verre, puis du cristal. Pour protéger ces richesses, des seigneurs se mirent à construire des châteaux, d'autres prenant un malin plaisir à les démolir. C'est ainsi que le BITCHERLAND est devenu, aussi, le PAYS des BURGEN. C'est ainsi que le BITCHERLAND est devenu une région agricole parsemée d'industries rurales. Les uns travaillèrent la terre, les autres allaient à l'usine. La population attachée à la terre en tira le maximum. Si on ne vivait pas dans le luxe, on savait tirer des produits variés de cette terre. Céréales, pommes de terre, lait, le cochon tué au moins une fois par an , poules, lapins, fruits du verger et de la forêt, le Schnaps qui vous remontait le moral, faisaient partie du quotidien. Ils sont à l'origine de la gastronomie bitchoise qui est un des fleurons de la LORRAINE.

Loin d'être un "FINISTERE", un "Land's End", comme diraient les Anglais, le BITCHERLAND est une zone de passage et de contact. Ce n'est pas pour les touristes qu'on a construit le château de BITCHE, devenu citadelle. C'est parce que BITCHE et sa région contrôlent une importante voie de passage, menant du BASSIN PARISIEN vers la RHENANIE et l'EUROPE CENTRALE. Et c'est de cette fonction de passage et de contact que vinrent tous les malheurs. Le tracé de la frontière fit du BITCHERLAND une zone frontière "répulsive", où on n'investit que dans les fortifications. Les populations n'avaient qu'à subir. Et les malheurs de la guerre s'abattirent pendant des décennies sur ce joli coin d'EUROPE. Le dernier fut la LIGNE MAGINOT. Au nom de l'intérêt supérieur de la patrie, la région fut fortifiée et sacrifiée. Les industries nouvelles ignorèrent le BITCHERLAND. La terre devint toujours plus dure à travailler pour ceux qui y restèrent attachés. L'évacuation de 1939-1940 et la longue expulsion qui suivit sont les derniers épisodes de ces vicissitudes tragiques que peu de régions françaises ont connues. Seront-ce les derniers ?  On veut l'espérer pour les petits-enfants des personnages principaux du présent livre.

A travers l'histoire banale, en apparence, d'une famille attachée à une terre naturellement ingrate, EDMOND GUNDERMANN évoque finement, et avec une chaleur humaine qui traverse tout son texte, l'histoire de toute une région frontalière ballottée sur l'océan de l'histoire. Voici un ouvrage qui fera découvrir et aimer une région insuffisamment connue.

François REITEL

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AVANT-PROPOS

La Guerre de 1939/45 a douloureusement frappé la population frontalière de  l'Est mosellan, d'abord par une évacuation d'un an en Charente, puis par une expulsion de quatre ans et demi, ordonnée par les nazis qui ont ainsi désertifié une vingtaine de villages pendant toute l'occupation. Puis vint pour les Bitchois une autre descente aux enfers, avec une vie de taupes de plus de cent jours sous la canonnade des libérateurs figés prématurément devant leur ville. Ma famille a vécu ces drames qui ont rendu le grès amer.

Le présent récit, aux nuances parfois romancées, relate ces épisodes mouvementés de la vie de mes parents, des cultivateurs qui croyaient être fixés à jamais dans le terroir de leurs ancêtres, à Haspelschiedt, un petit village niché dans un joli cadre subvosgien, aux confins du Nord-Est lorrain qu'on appelle le "Bitcherland" ou "Pays de Bitche". Mais dès que les ouvrages de la Ligne Maginot vinrent miner et dénaturer ce paysage idyllique, l'avenir de ces paysans devint tout à coup incertain.

La seconde Guerre Mondiale jalonne la fin de cette époque. Elle a tourmenté notre terroir, laissant derrière elle des champs de ruines et beaucoup de rêves brisés. Nos propres aventures et nos  souffrances, que j'ai essayé de rendre ici, sont aussi celles de beaucoup de familles frontalières qui peuvent s'y reconnaître.

Mais auparavant il m'a paru utile de dépeindre, même longuement, une fresque de l'immuable monde rural d'avant-guerre, avec ses pratiques culturales et ses outils ancestraux, ses coutumes profondément humaines dans leur simplicité parfois bonhomme, son parler francique, sa mentalité toute imprégnée de concepts religieux, mais aussi son folklore et ses belles fêtes populaires, sans oublier son enracinement patriotique. Tant de riches souvenirs, pas assez publiés, méritaient sans doute d'être rappelés.

Je remercie tous ceux qui m'ont aidé à remémorer ce passé attachant, avec nos joies et nos peines d'antan.

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De par son contexte linguistique, ce récit comporte tout naturellement des citations en dialecte germanophone, le parler francique de la Lorraine frontalière. Elles sont rendues en italiques et entre «guillemets».  Ainsi en est-il de «Fuchs», notre cheval à la robe "renard". Son nom se lit avec un «u» grave, comme dans les vocables allemands "um",  "und", "ung".  

Edmond Gundermann

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Carte des localités et des voies ferrées

Les événements décrits dans ces pages se sont déroulés principalement dans mon village natal, Haspelschiedt, à 7 Km au Nord-Est de Bitche.

 Concernant la voie ferrée entre Deux-Ponts et Saint Louis lès Bitche : elle était en construction avantla Guerre 1914/18, mais après la guerre les travaux n'ont pas été poursuivis.

En septembre 1939 tous les habitants demeurant entre la Ligne Maginot et la frontière franco-allemande durent quitter leurs villages. La plupart des réfugiées furent déplacés dans le Sud-Ouest de la France. Le rapatriement se fit à l'automne 1940.

Dans la région délimitée entre la frontière et la ligne pointillée au Nord de Bitche, la population de dix-huit communes fut expulsée par les nazis en novembre 1940.  Les villages étaient à nouveau vides et cette situation perdura jusqu'au printemps 1945.  L'armée allemande utilisa cette zone comme un vaste terrain militaire de manœuvres et d'entraînement au combat de rue. 

 

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Publication : Edmond Gundermann